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L’hydrogène va-t-il trouver sa voie dans la transition énergétique


L’hydrogène fait partie des énergies appelées à jouer un rôle pour la sortie des énergies fossiles. Selon les perspectives énergétiques 2050+ de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) 3% d’hydrogène vert devraient faire partie du mix dans le scénario Base zéro. Mais pour atteindre ce chiffre, il reste encore beaucoup de travail pour rendre la production intéressante pour le marché de l’énergie. De plus l’utilisation finale de l’hydrogène évolue avec les nouvelles technologies, là où il était question d’utilisation dans le domaine de la mobilité, on voit maintenant plus un besoin dans l’industrie. Selon notre spécialiste Markus Bareit, il reste des incertitudes quant à l’évolution de la demande. Energeiaplus s’est entretenu avec le spécialiste à l’OFEN.

Markus Bareit, spécialiste dans le domaine de l’hydrogène à l’OFEN

Markus Bareit, les coûts de la production d’hydrogène semblent être un défi pour l’avenir, comment voyez-vous cette situation?
Le coût de la production d’hydrogène dépend de plusieurs facteurs, tels que les coûts d’investissement pour l’électrolyseur ou les coûts opérationnels, où le prix de l’électricité représente la part la plus importante. Le prix de l’électricité peut être de l’ordre de zéro centime par kilowattheure, voire négative, lorsque l’offre d’électricité est supérieure à la demande. Or, cela ne se produit que quelques heures par an. Si les électrolyseurs ne produisaient de l’hydrogène que pendant ces heures, ils ne fonctionneraient que très peu d’heures à pleine charge, ce qui rendrait les coûts d’amortissement relativement élevés, et donc l’hydrogène plus cher.

A ce moment-là, une réflexion sur l’utilisation du surplus de production serait nécessaire?
En fin de compte, il faut évaluer quelle est l’alternative la plus raisonnable du point de vue économique et de la sécurité d’approvisionnement : la production d’hydrogène, l’extension du réseau ou l’arrêt de la source d’électricité.

Dans le rapport de postulat Hydrogène: État des lieux et options pour la Suisse publié en novembre dernier, il est souligné que l’hydrogène produit localement sera plus cher que celui importé. Avez-vous un ordre de grandeur de cette différence?
Les prix dépendent de nombreux facteurs différents et il n’est donc pas possible de donner un tel ordre de grandeur. L’hydrogène produit dans le pays a l’avantage d’avoir des coûts de transport réduits. Mais à long terme, la production dans les régions ensoleillées et venteuses aura des avantages comparatifs en termes de coûts, car les prix de l’électricité sont très bas et les électrolyseurs peuvent fonctionner de nombreuses heures par an.

La Confédération voit le raccordement au réseau européen d’hydrogénoducs comme une option. Il y aurait donc toute une infrastructure gourmande en matière à construire. De plus, le transport de l’hydrogène recèle un risque de fuites néfastes pour le climat. Pourquoi ne pas importer plutôt du méthane ou du méthanol produit à partir d’hydrogène vert, dans le réseau de gazoducs existant?
Ce n’est pas la Confédération qui construit des conduites ou achète l’hydrogène ou le gaz synthétique, mais les acteurs économiques. La Confédération veille à ce que les conditions-cadres soient réunies pour que les sources d’énergie non fossiles puissent être achetées, ce qui est utile pour les objectifs climatiques.

Le méthane synthétique est en principe aussi une option, mais sa production est encore plus chère que celle de l’hydrogène.

L’hydrogène fait partie des gaz à effet de serre, en cas de fuite, cela pourrait avoir une influence négative. Est-ce que ce point fait partie des discussions?
L’hydrogène seul n’est pas considéré comme un gaz à effet de serre direct, mais il peut agir comme un gaz à effet de serre indirect en réagissant avec des polluants tels que le méthane et en prolongeant leur durée de vie dans l’atmosphère. Pour éviter autant que possible que l’hydrogène ne s’échappe, il est essentiel de respecter des normes et des standards lors de la construction d’infrastructures d’hydrogène. Ces normes sont également examinées dans le cadre de la stratégie pour l’hydrogène qui est actuellement en préparation.

Il est question de mettre en place une stratégie nationale pour l’hydrogène. Quel sera le but de cette stratégie et quand va-t-elle être mise en place?
Le Parlement a chargé le Conseil fédéral d’élaborer une stratégie pour l’hydrogène par le biais de deux motions. Il y est notamment demandé d’élaborer une stratégie d’importation et de proposer des mesures visant à encourager le développement et à garantir l’approvisionnement de la Suisse en hydrogène. La stratégie nationale en matière d’hydrogène n’a pas pour but de déterminer la quantité exacte d’hydrogène dont la Suisse aura besoin à l’avenir ni où il devra être utilisé, mais de créer les conditions-cadres permettant à l’hydrogène de contribuer à nos objectifs en matière d’approvisionnement énergétique et climatique en tant que vecteur d’énergie possiblement exempt d’énergies fossiles. L’adoption de la stratégie nationale en matière d’hydrogène est prévue pour fin 2024.

Fabien Lüthi, Communication Office fédéral de l’énergie
Image : Shutterstock et OFEN

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