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Passation de flambeau à la section Bâtiments de l’OFEN


Après près de quatre décennies au service de la transition énergétique suisse, Nicole Zimmermann, cheffe de la Section Bâtiments de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), passe le témoin à Katia Alich. Retour sur un parcours remarquable et regards croisés sur l’avenir du secteur du bâtiment en Suisse.

Une vocation née à Fribourg 

Nicole, près de 40 ans à l’OFEN, c’est impressionnant ! Comment tout a commencé ? 

Nicole Zimmermann: À l’Université de Fribourg, j’ai réalisé mon mémoire sur le développement du gaz naturel dans le canton. L’énergie est devenue une passion. Après un passage aux Entreprises Electriques Fribourgeoises (désormais Groupe E), un collègue a repéré un poste de coordination avec les cantons à l’Office de l’énergie et m’a dit „Postule, c’est pour toi !“ J’avais promis au vice-directeur de rester au moins 5 ans ! 

Les défis d’une carrière au service de la transition énergétique 

Quels ont été tes plus grands défis durant toutes ces années ? 

Nicole Zimmermann : Le principal défi était de sensibiliser le public aux problèmes de l’énergie. À l’époque d‘Energie 2000, la thématique ne passionnait personne. Je demandais à l’ancien Conseiller fédéral Adolf Ogi de venir aux évènements que nous organisions pour attirer les visiteurs ! Aujourd’hui, la population est plus sensible aux problèmes énergétiques du fait du changement climatique et de l’instabilité économique. 

Et ta plus grande fierté ? 

Nicole Zimmermann: Avoir réussi à naviguer entre ambitions énergétiques, réalités budgétaires et contraintes des cantons et communes. Les ambitions fédérales ne sont parfois pas représentatives de ce qui se passe sur le terrain. Ce qui m’a toujours guidée, c’est que même si les discussions sont animées, il ne faut pas fermer les portes : les consensus existent. 

Comment as-tu géré les fluctuations budgétaires ? 

Nicole Zimmermann: C’est un des aspects les plus délicats… et celui qui demande le plus d’efforts. Ma stratégie ? Prioriser impitoyablement les projets à fort impact et communiquer, c’est vraiment super important. 

Katia Alich: C’est justement ce qui m’inquiète pour les années à venir avec Net Zéro 2050 et la pression sur les finances publiques… 

Nicole Zimmermann: Tu as raison d’être vigilante. Les prochaines années seront un test crucial. C’est à ce moment-là qu’il ne faut pas baisser les bras. Les crises sont aussi des opportunités pour mettre des priorités et simplifier nos programmes. Certains de nos meilleurs programmes sont nés de périodes difficiles où nous avons dû être particulièrement ingénieux. 

Des regrets ? 

Nicole Zimmermann: Peut-être d’avoir été trop prudente dans nos recommandations par souci de consensus. Avec le recul, nous aurions pu être plus ambitieux sur certains objectifs. Mais c’est aussi la richesse du travail en administration publique : trouver l’équilibre entre ambition et faisabilité. 

Nicole Zimmermann

„Même si les discussions sont animées, il ne faut pas fermer les portes : les consensus existent. La patience, le dialogue et la persévérance paient. Les transformations profondes prennent du temps.“

 

Les secrets d’une longue carrière 

Comment as-tu gardé ta motivation intacte pendant toutes ces années ? 

Nicole Zimmermann : Le domaine de l’énergie évolue constamment. Il y a toujours de nouvelles technologies et des défis à relever. Et surtout, je n’ai jamais travaillé seule : l’équipe de la section Bâtiments possède des collaboratrices et collaborateurs de toute formation, provenant des trois régions linguistiques, très engagés et motivés. La collaboration avec les cantons est primordiale. Même si on n’est pas toujours d’accord, l’important c’est d’échanger, de ne jamais refuser le dialogue. Certains (délégués à l’énergie) sont devenus des amis et j’en suis très fière. 

 

Conseils pour l’avenir 

Qu’est-ce qui t’a aidée dans ton parcours et que tu souhaiterais me partager? 

Nicole Zimmermann: D’abord, écouter et comprendre les préoccupations réelles des gens avant de proposer des solutions. Parler simple, éviter le jargon, et montrer des exemples concrets. Il faut être ambitieux tout en accompagnant les acteurs dans leurs transitions. Jouer les donneurs de leçons depuis Berne, c’est facile… mais n’oublie jamais le travail concret sur le terrain : tout le monde n’a pas les moyens de changer immédiatement son installation de chauffage. Enfin, retiens que la patience, le dialogue et la persévérance paient. Les transformations profondes prennent du temps. Il y aura des frustrations, des reculs même, mais la trajectoire générale est positive. Dans tous les cas, il faut toujours voir le verre à moitié plein ! 

 

Les défis de demain 

Quels sont selon toi les défis prioritaires pour les prochaines années ? 

Nicole Zimmermann : Trois axes majeurs : accélérer le rythme des rénovations énergétiques — nous devons passer de 1% à au moins 2-3% du parc immobilier par an ; intégrer massivement les énergies renouvelables dans les bâtiments, notamment le photovoltaïque ; et former davantage de professionnels qualifiés car nous manquons de main-d’œuvre spécialisée. 

Des projets à surveiller en priorité ? 

Nicole Zimmermann: J’en citerais trois : simplifier le Programme Bâtiments, renforcer encore le projet “Exemplarité Energie et Climat (EEC)” des entreprises publiques (les CFF, Swisscom, La Poste et près de 20 autres partenaires), et accompagner et soutenir les communes qui sont les plus proches des citoyennes et citoyens. 

 

Le bon timing 

Qu’est-ce qui t’a motivée à prendre les rênes de la section Bâtiments ? 

Katia Alich: C’est d’abord une question de timing ! Après presque 5 ans à l’OFEN en charge de la coordination des affaires politiques au sein de la même division, j’ai souhaité diriger cette équipe que j’apprécie car elle est compétente et très investie. Ce qui me passionne dans le domaine du bâtiment, c’est que l’impact est tangible et immédiat : améliorer l’efficacité énergétique produit des effets concrets – réduction des émissions, économies, confort amélioré. Les bâtiments représentent plus de 40 % de la consommation finale d’énergie en Suisse, avec l’objectif net zéro pour 2050. Un immense potentiel ! 

Avec les restrictions budgétaires actuelles et l’urgence climatique, quelles seront tes priorités ? 

Katia Alich : Tout l’art résidera dans la faculté de garder le cap avec pragmatisme, en trouvant l’équilibre entre ambition climatique et réalité économique. C’est un marathon, pas un sprint ! Concrètement, trois priorités : renforcer les relations avec nos partenaires clés – cantons, associations, mandataires. Analyser nos programmes pour simplifier la communication et maximiser l’impact des soutiens financiers. Et veiller à ce que l’équipe soit bien armée face aux défis, sans confondre vitesse et précipitation. 

Katia Alich

„Tout l’art résidera dans la faculté de garder le cap avec pragmatisme, en trouvant l’équilibre entre ambition climatique et réalité économique. C’est un marathon, pas un sprint !“

 

Vers l’avenir 

Alors que Nicole Zimmermann s’apprête à tourner la page après 37 années d’engagement sans faille, c’est avec sérénité et optimisme qu’elle passe le témoin à Katia Alich. Leur dialogue illustre parfaitement la continuité et le renouvellement qui caractérisent l’OFEN. 

Nicole Zimmermann conclut : „Je pars confiante. L’équipe est solide, et je sais que le secteur du bâtiment suisse continuera sa transformation vers un avenir plus propre et plus efficace.“ 

Katia Alich ajoute : je peux reprendre les mots d’un collaborateur d’un service de l’énergie „Merci Nicole, pour ton engagement, ton sens stratégique et, surtout, pour avoir prouvé qu’on peut diriger la politique énergétique avec rigueur, humanité et humour.“ 

Energeiaplus souhaite à Nicole Zimmermann une retraite bien méritée, remplie de projets personnels et de moments précieux. Quant à Katia Alich, nous lui souhaitons plein succès dans ses nouvelles fonctions ! 

 

Sandrine Klötzli, Communication, Office fédéral de l’énergieImage: Copyright OFEN 

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