Des eaux sales si précieuses


A côté des engrais de ferme, des résidus de récoltes agricoles, des déchets verts ménagers ou encore des boues d’épuration, les eaux usées industrielles constituent une source importante mais encore peu explorée de biogaz en Suisse. Or la production actuelle pourrait être multipliée par cinq selon les résultats d’une étude sur le potentiel techniquement réalisable de méthanisation des eaux usées menée par Biomasse Suisse sur mandat de SuisseEnergie en 2016.

Les eaux usées de certaines industries – notamment celle de la transformation du lait, des fruits et légumes ou encore celle du bois et du papier – sont particulièrement chargées en matière organique et présentent des caractéristiques qui les rendent intéressantes pour un prétraitement par digestion anaérobie. En 2015 en Suisse, les 23 installations en service totalisaient une production brute de biogaz de 71 GWh. La filière a néanmoins globalement tendance à stagner et n’a fait l’objet d’aucune attention particulière ces dernières années.

L’étude „Méthanisation des eaux usées industrielles en Suisse“ menée en 2016 par Biomasse Suisse sur mandat de SuisseEnergie a permis d’évaluer le potentiel techniquement réalisable de ce type de méthanisation dans notre pays. Ce potentiel est estimé entre 311 et 393 GWh par année, soit une augmentation d’un facteur cinq de la production actuelle. Le potentiel théorique dépasse quant à lui les 600 GWh par année.

Dans le cadre de cette étude, une enquête sur questionnaire a de plus été réalisée. Près de la moitié des 127 sites ayant répondu s’avèrent potentiellement intéressants, selon l’importance de la charge organique des eaux usées ou l’intérêt de l’industriel à poursuivre dans cette démarche. Inciter davantage de sites industriels à méthaniser leurs eaux usées permettrait d’augmenter sensiblement la production de biogaz en Suisse. L’action est d’autant plus pressante qu’elle s’accompagnerait d’une importante économie d’énergie sur les sites pratiquant aujourd’hui un traitement aérobie, très gourmand en électricité, pour réduire la toxicité de leurs effluents.

Matthieu Buchs, Spécialiste Energies renouvelables, OFEN